Oyant d'une oreille distraite un reportage du journal télévisé au cours de la décade passée, mon attention fut brutalement captée par la nouvelle de la publication d'une liste de vocables qui firent récemment leur apparition officielle dans nos dictionnaires.
Choc. Saisissement. Stupéfaction. Répugnance, horreur, détestation, haine, aversion, exécration, abhorration, volonté de meurtre et velléités d'assassinat se disputèrent ma psyché dévastée lor que j'appris la nature de l'une de ces terminologies.
L'ajout de cet acronyme dans notre idiome constitue aussi bien un affront impardonnable à ce dernier qu'une inique offense aux parangons (*) de notre parler pourtant si harmonieux. Ce mot abject qui nous rejoint, cette vile et infâme ignominie révoltante, odieuse et sordide ne peut qu'être se doit d'être le point de départ d'un inqualifiable mépris face à l'adversité des circonstances qui nous est ainsi imposée par ce que l'on ne peut que nommer des « analphabètes diplômés » (C. Haddock).
Cette offensive sans sommation ne restera pas impunie ; je ne saurai souffrir pareille injustice. J'en appelle donc à la communauté onirique des défenseurs du digne françois pour venir au secours d'une langue qui ploie sous l'offensive traîtresse de sa propre dégénérescence. À l'hallali ! Les termes dénués de sens et/ou d'étymologie, les acronymes et autres inepties mises sur le compte de la jeunesse n'ont pas leur place dans un quelconque ouvrage encyclopédique au sein de l'ensemble des mots.
J'en appelle à l'insurrection des peuples francophones. À l'aune de l'incorporation officielle de « lol » dans nos dictionnaires, rien de moins qu'une telle union ne peut être escomptée pour repousser l'agresseur dans ses abscisions et acheder sa reddition. Alors seulement sera accomplie l'ulcion sacrée de notre langue.
« Lol » n'est pas un mot. Jamais je ne l'accepterai. Jamais. M'ois-tu, ô facétieux destin ? Jamais !
(*) Foin ! Faisons fi du forfant fiel fripon et fourbe de la situation qui nous accable impitoyablement pour rendre un silencieux mais révérencieux hommage à ces personnages mythiques de notre histoire, parmi lesquels je compte notamment Raymond Devos, Bernard Pivot et le Capitaine Haddock.
Le dictionnaire n'est pas là pour juger quel mot est beau et quel mot est un outrage - cela, il s'en moque – mais bien pour être exhaustif. Vous dites que « lol » ne devrait pas y être introduit, car c'est un acronyme, ce n'est même pas français : c'est à cela que servent les indications ACRONYME et ANGLICISME présentes depuis de nombreuses éditions déjà. Vous dites que « lol » est un mot abject, je répondrai que « lol » est un mot courant. Tout une catégorie de la population l'utilise régulièrement. Vouloir le refuser, c'est vouloir masquer un aspect de la réalité de notre époque. En cela, c'est une forme de censure, et un obstacle à l'Histoire.
D'une part, si le dictionnaire était exhaustif, « sangdieu », « ventrebleu » ou certains des mots dont j'ai usé dans ce texte n'avaient aucune raison d'en disparaître.
D'autre part, justifier par ailleurs l'introduction de « lol » dans le dictionnaire par le fait que toute une partie de la population l'utilise devrait impliquer que l'intégralité des jargons scientifiques devraient y figurer, ce qui n'est pas le cas. Cela devrait aussi justifier que l'on intègre l'orthographe SMS et les erreurs d'orthographe.
L'exhaustivité est, selon moi, ce qui distingue une encyclopédie — un ouvrage regroupant tout le savoir d'une langue sans distinction de qualité, domaines et autres considérations discriminatoires — du dictionnaire, qui lui est censé être un ouvrage de référence pour le « bon français ».
Nous nous devons de lutter pour un français correct, évolutif certes mais pas de là à en perdre toute notion de parlé comme d'écriture.
Merci bien
Et il faus admettre des fois que certains mots ne se traduisent pas ou mal - comme le fameux mot de langue portugese 'saudade', sorte de sentiment de douce nostalgie, un peu triste.
Je suis globalement d'accord que les emprunts et autres facteurs d'évolution de la langue sont une nécessité pour affiner l'expression ; toutefois dans certains cas — comme pour « lol » — je ne peux pas être d'accord…
Je suis pour ce lol, si c'est pour faire suer les puristes un peu droitiste de la langue...